Les guerres indo-pakistanaises : les rivalités de l’indépendance (1/6)
Le conflit de mai 2025 entre l’Inde et le Pakistan s’inscrit dans une longue rivalité qui remonte à la quête d’indépendance des deux pays.
Les tensions entre communautés religieuses

Dès le début du XXe siècle, le désir de s’émanciper de la tutelle britannique occupe l’esprit des élites hindoues, dont beaucoup adhèrent au parti du Congrès. Acteur majeur du mouvement pour l’indépendance de l’Inde, au point de réunir jusqu’à 15 millions de partisans, le parti du Congrès s’oppose à partir des années 1930 à une autre formation politique en faveur de l’indépendance, la ligue musulmane. Celle-ci défend la création d’un État séparé pour les musulmans : le Pakistan, soit littéralement « la terre des Purs ». La position intransigeante à ce sujet de son chef, Muhammad Ali Jinnah, envenime les relations avec le parti du Congrès, dont les principales figures (Nehru et Gandhi) s’opposent de manière catégorique à la vivisection de l’Inde.
L’échec de pourparlers en 1946 sur l’avenir des populations musulmanes en Inde pousse Ali Jinnah à déclarer: « Nous aurons soit une Inde divisée, soit une Inde détruite », avant d’appeler les musulmans à « une journée d’action directe ». Les jours suivants, de violents affrontements entre communautés musulmanes et hindoues éclatent dans le Raj britannique, notamment à Calcutta, faisant au total plus de 5 000 à 10 0000 victimes, environ 10 000 blessés et 100 000 sans-abris.
L’intervention britannique
Face à cette situation, et aux demandes toujours plus pressantes d’indépendance, la couronne britannique se décide en février 1947 à envoyer Louis Mountbatten pour trouver une solution à ces crises. Très vite, celui-ci se rend compte de l’impossibilité de maintenir la domination britannique aux Indes, et en sa qualité de vice-roi des Indes, il engage de longues tractations avec les principaux partis indépendantistes. Il confie également à Sir Cyril Radcliffe la mission de délimiter la frontière entre les futurs États indien et pakistanais. Avocat de formation et totalement étranger à l’Inde, ce dernier dispose de 5 semaines pour la tracer, et se fonde pour cela sur la religion majoritaire dans chaque province.
Dans les cas du Penjab et du Bengale, régions où la part de musulmans et d’hindous est quasiment identique, il choisit de les diviser et d’en attribuer une moitié à chaque État. Cette partition fait du Pakistan un État discontinu, avec un territoire principal à l’ouest et un au Bengale, à l’Est (le Pakistan oriental).
Le 14 août 1947, le Pakistan accède à l’indépendance, suivi par l’Inde le lendemain. L’indépendance de ces deux pays s’accompagne de migrations massives de populations, plus de 12 millions de personnes entre 1947 et 1950, qui cherchent à quitter l’un pour rejoindre l’autre. De nombreuses violences (massacres, exécutions, viols, mutilations…) accompagnent ces déplacements, au point de faire entre 500 000 et deux millions de victimes.
Les États princiers au moment de l’indépendance
Une question épineuse subsiste pourtant dans le processus d’indépendance de l’Inde et du Pakistan : le devenir des États princiers. Le Raj britannique en compte 547 au moment de sa dislocation, et ces États, qui couvrent 40 % de ses terres, abritent en 1947, 23 % de sa population. Gouvernés par un souverain local, les États princiers jouissent d’une relative autonomie au sein de l’Empire des Indes en gardant le contrôle de leurs affaires intérieures, même si les Britanniques ont à charge des domaines régaliens comme la défense ou la politique étrangère. Les accords de 1947 laissent à chaque État princier le choix de rejoindre l’Inde ou le Pakistan.
Seuls trois États princiers posèrent un réel problème : Junagadh, Hyderabad, ainsi que Jammu et Cachemire. Si les deux premiers furent rattachés par la force à l’Inde (soulèvement populaire en faveur de l’Union indienne chez le premier, « opération de police » chez le second), le cas du Jammu et Cachemire fut plus complexe. Cet État princier se situe au nord-ouest de l’Inde, à la frontière avec le Pakistan, et il y vit une population en très grande partie musulmane, mais gouvernée par un maharaja de confession hindoue, Hari Singh 1er. Or, ce dernier essaye au départ de conserver l’indépendance du Jammu et Cachemire, mais il subit une invasion pachtoune venue du Pakistan le 22 octobre 1947. L’invasion amorce la première guerre indo-pakistanaise.


